Bonjour les fées,

voici le conte du mois. Un conte que j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire. Il m’emmenait moi aussi (vous comprendrez pourquoi en le lisant) dans mon imaginaire au fil de l’écriture. Un conte qui me donne le sourire et la paix en mon cœur. 😉

Belle lecture. 🙂

(Le conte est aussi disponible en audio après le texte écrit si vous préférez l’écouter.)

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La grand-mère

 

Au loin, on pouvait entendre des rires d’enfants. La grand-mère qui était assise dans son jardin se nourrissait de ce bruit bienfaisant. Cela faisait bien longtemps qu’elle vivait toute seule et peu de monde passait devant chez elle. Était-ce dans la cours de l’école qu’ils s’amusaient ? Ou bien était-ce dans le parc de l’autre côté de la rivière ? Elle habitait dans un coin reculé de la ville mais le vent lui amenait tous les bruits et là, ces bruits d’enfants la ravissaient. Qu’elle aimerait en voir un pour lui raconter sa propre enfance…

Elle aussi enfant s’amusait du matin au soir. Même les corvées qu’elle avait à faire, même les devoirs de l’école l’amusaient. Elle avait trouvé un moyen de ne pas subir la contrainte ni le négatif et tout l’amusait. Elle avait transformé toutes les tâches qu’elle avait à faire en jeu. Elle devait aller chercher le pain pour sa maman ? Soit, elle se transformait en guerrière qui partait en chasse. Elle devait aller chercher de l’eau au puits ? Soit, elle devenait alors un marchand qui vendait de l’eau. Elle devait faire ses devoirs ? Soit, elle était alors une institutrice qui enseignait sa leçon à ses élèves. Elle devait aider sa mère à faire le ménage ? Elle était alors une maman ours qui mettait de l’ordre dans sa tanière. Rien ne lui déplaisait quand elle était petite. Ou du moins, tout devenait plaisant du moment qu’on le lui en laissait la possibilité.

Malheureusement, la guerre vint assombrir son histoire mais elle n’oublia jamais son enfance et même, elle pensa toujours que c’était grâce à cette extraordinaire imagination qu’elle avait pu s’en sortir. Son père fut appelé au combat et sa mère et elle durent travailler dur pour pouvoir subvenir à leurs besoins tandis que les soldats leur prenaient les 3/4 de ce qu’elles recevaient en gage !

Pour autant, cela ne l’avait pas démontée. Elle s’imaginait alors être une maman louve qui ne pouvait nourrir suffisamment ses petits faute de trouver assez de nourriture. Mais elle s’en sortait toujours. La résilience était une de ses extraordinaires qualités et son imagination en était la créatrice. Sa mère lui disait souvent :

« Mais comment fais-tu ? J’arrive à peine à tenir. Heureusement que je t’ai car sans toi, il y a longtemps que j’aurais craqué… et puis il y a le souvenir de ton père aussi qui me tient en vie. Quel est ton formidable secret ma fille ?! »

Et la jeune fille répondait à sa mère :  » Et bien maman il me suffit de penser à la situation et à la transformer en quelque chose qui pourrait arriver dans la nature ou dans la vie mais qui m’emporte ailleurs, comme ça je n’y vois plus la difficulté mais le rôle que j’ai à jouer. Cela me distancie des choses qui m’effraient ou qui me semblent désagréables. Ainsi donc, cela ne l’est plus. Je prends même chaque jour plaisir à être en vie car chaque jour je me demande quel nouveau rôle je vais pouvoir endosser. Ils m’apprennent tellement maman ! »

« Et bien ma chérie, je doute de pouvoir faire comme toi mais je vais essayer. »

Ainsi donc, tous les matins, la maman demandait à sa fille quel rôle elle venait de trouver et elle endossait le même. Ainsi la mère et la fille survécurent à la guerre sans trop en pâtir. Lorsque le père rentra amaigri, fatigué mais bien vivant,  il fut ravi de les retrouver pleines de joie. Il en fut étonné même. Comment était-ce possible ? On lui avait raconté que beaucoup de femmes et d’enfants avaient péri par manque d’eau et de nourriture et que la dépression avait fait beaucoup de victimes qui même si elles étaient encore en vie les avaient marquées à jamais. Et au milieu de tout ça, son épouse et sa fille, bien qu’amaigries avaient encore toutes leurs couleurs et un sourire enjolivait leurs visages. Sa femme n’avait pas trop vieilli après 5 ans de guerre et malgré la vie éprouvante qu’elle avait dû vivre. Et sa fille, qui avait maintenant 13 ans, commençait à s’épanouir comme une jeune fleur. Il était si fier d’elle. Pour lui, elles avaient été son but, sa raison de vivre et de rentrer. Chaque soir, il s’endormait en imaginant le jour où il les reverrait. Mais la réalité était encore plus belle que dans son imagination.

Tandis que la grand-mère se souvenait de tout cela, elle s’était plongée lentement dans un profond sommeil et elle crut même y voir son père et sa mère. Sa vie avait ressemblé par la suite à un conte de fées aussi. Oh pas comme Cendrillon ou la belle au bois dormant mais toute sa vie avait été rythmée par cette imagination qui lui faisait surmonter toutes les épreuves avec succès. Elle s’était mariée. Elle avait eu plusieurs enfants qui avaient maintenant quitté la maison pour se marier à leur tour et avoir des enfants. C’était une mère et une grand-mère comblée. Son époux n’était plus depuis quelques années mais elle était toujours là, et c’est fièrement qu’elle vivait heureuse malgré sa solitude. Oh ses enfants venaient la voir de temps en temps ainsi que ses petits enfants qui eux-mêmes avaient bien grandi mais elle avait gardé en elle cette part intacte. Celle-là même qui lui avait fait traverser la plus longue et la plus douloureuse des épreuves.

Pensez-vous qu’elle ait pu en décrire les événements réels ? Qu’avait-elle vraiment ressenti ? Personne ne le saurait jamais mais une chose est sûre, elle se nourrissait de tout ce que la vie lui offrait, bon ou mauvais et elle en faisait quelque chose qui transformait la douleur en joie, la peur en courage et la difficulté en dépassement de soi. Personne ne venait jamais voir cette étrange grand-mère au sourire bienveillant. Ils avaient même oublié qu’elle habitait là, de l’autre côté de la rivière… de temps en temps un passant venait lui rendre visite, discutait un moment avec elle puis poursuivait son chemin. Et elle se nourrissait de cet échange qui lui rappelait le bon vieux temps où elle était enfant et où elle parlait aux passants qui s’arrêtaient devant sa maison. Elle avait hérité de la maison de ses parents et ne l’avait jamais quittée. Elle s’était souvent dit qu’elle irait découvrir le monde mais ses enfants lui avaient dit :

« Mais maman pourquoi veux-tu découvrir le monde alors que tu voyages tant dans tes histoires ? Que veux-tu découvrir de plus ? Tu voyages déjà trop ! »

Et en rigolant, elle admettait qu’ils avaient raison. Mais cela lui aurait plu de voyager tout de même et peut-être de sortir de cette tendance qu’elle avait de voir la vie avec des yeux de magie. Parfois elle aurait aimé voir la vie telle qu’elle était vraiment ! Était-ce donc un don qu’elle avait ? Ou au contraire était-ce une malédiction ? Car oui, elle transformait ses difficultés en résilience, en dépassement de soi mais était-ce vraiment ce qu’elle devait vivre ? Ne devait-elle pas vivre au moins une fois des émotions comme la tristesse ou la colère ? Même quand son mari était mort ou ses parents, elle n’avait pas pleuré. Elle les avait imaginé partir pour un long voyage où elle les reverrait un jour même si cela devait être dans très longtemps… Souffrait-elle ? Était-ce un moyen de fuir ses émotions ? Elle se l’était souvent demandé et pourtant, cela lui avait permis de survivre à la guerre et à vivre une vie joyeuse malgré ses vicissitudes. Qu’est-ce qui était normal ? qu’est-ce qu’il convenait de vivre ? Tout cela, elle ne se le demandait plus depuis bien longtemps. Elle avait lâché prise sur tout cela. Après tout, c’est la vie qui l’avait faite comme cela et s’il avait dû en être autrement, cela l’aurait été.

Finalement, elle était heureuse notre petite grand-mère et ce jour-là, c’est avec le sourire encore une fois qu’elle s’était endormie à l’ombre de son cerisier en fleurs, avec le bruit des enfants qui la berçaient lentement, la faisant plonger doucement vers le sommeil, un autre lieu où les rêves se faisaient réalité… 

Nadège – La Fée Raconte

La grand-mère...

par Nadège - La Fée Raconte

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